Simulateur

Une batterie domestique est-elle rentable en Wallonie ?

Tant que la compensation annuelle tourne, une batterie ne rapporte presque rien sur l'énergie : elle rapporte sur les coûts de réseau. Après 2030, la logique s'inverse. Ce simulateur calcule les deux périodes séparément, avec les tarifs ORES 2026 approuvés par la CWaPE.

La plupart des estimateurs de batterie appliquent un gain annuel unique : ils multiplient les kWh autoconsommés par le prix d'achat, divisent le prix du système par ce montant, et annoncent un retour sur investissement. En Wallonie, sous compensation annuelle, ce calcul est faux — et il est faux dans le sens qui pousse à acheter.

Tant que le compteur tourne à l'envers, la compensation est déjà une batterie virtuelle, gratuite et sans pertes. Une batterie physique ne peut pas récupérer une deuxième fois la valeur de l'énergie : elle ajoute même ses pertes de cycle au bilan compensé. Son gain réel vient d'ailleurs — de la réduction du prélèvement brut, qui est la base des coûts de réseau. Après la fin de la compensation, le 31 décembre 2030, chaque kWh autoconsommé vaut à nouveau le prix d'achat plein.

Le simulateur ci-dessous enchaîne ces deux phases. Le mode simple demande quatre chiffres ; le mode complet ouvre les quarante paramètres du modèle, tarifs réglementaires compris.

Votre installation
kWh/an
kWh/an
kWh
Les trois paramètres qui déplacent le plus le résultat
€/kWh

Tout le reste prend les valeurs par défaut du mode complet : tarifs ORES 2026, réserve de secours de 25 %, rendement aller-retour de 90 %, horizon de 20 ans. Le taux d'autoconsommation, que vous n'avez pas saisi, est estimé à partir du rapport production/consommation — c'est l'hypothèse la moins fiable de ce mode. Si vous connaissez votre injection annuelle réelle, passez en mode complet : le résultat change souvent de plusieurs années.

Voir le détail année par année

1. Ce que le calcul fait exactement

1.1 Deux phases, deux logiques

Pendant la compensation, le compteur nette production et consommation sur l'année. L'énergie que la batterie déplace ne rapporte donc rien de plus : elle était déjà valorisée. Pire, le cycle de charge et de décharge perd environ 10 % de l'énergie qui le traverse, et ces pertes dégradent le solde compensé. Le gain vient uniquement de la baisse du prélèvement brut, sur lequel se calculent les coûts de réseau.

Après la compensation, il n'y a plus de netting ni de tarif prosumer. Chaque kWh que la batterie restitue est un kWh qui n'est pas acheté, au prix plein, réseau compris. Le gain annuel est typiquement trois à quatre fois plus élevé.

1.2 L'énergie que la batterie capte réellement

C'est le cœur du modèle, et l'endroit où la plupart des estimateurs se trompent. Ils supposent qu'un kWh de capacité capte toujours autant d'énergie, ce qui revient à supposer un nombre de cycles constant. La réalité sature : les premiers kWh de batterie captent beaucoup, les derniers presque rien, parce que le surplus disponible un jour donné est fini.

Le modèle utilise donc une forme saturante :

E = Emax × C ⁄ (C + k)

C est la capacité réellement cyclée, Emax le plus contraignant du surplus annuel et du besoin réseau corrigé du rendement, et k la valeur quotidienne de ce flux limitant.

Cette formule a été confrontée à une simulation heure par heure sur 8 760 heures de mesures réelles, pour neuf tailles de batterie et six profils dérivés — avec et sans pompe à chaleur, orientation sud et est-ouest, faible et forte consommation, site net exportateur. Elle donne 10 % d'erreur absolue moyenne, un biais quasi nul, et 93 % des points dans la bande ±20 %. Une formule linéaire, sur le même jeu de tests, donnait 29 à 46 % d'erreur, avec un biais systématique qui surestimait les grosses batteries jusqu'à +68 %.

1.3 Le plafonnement des coûts de réseau

Un prosumer sous compensation équipé d'un compteur classique paie le tarif prosumer plus les coûts de réseau calculés sur son prélèvement net. Avec un compteur communicant, les coûts sont calculés sur le prélèvement brut, et la grille tarifaire plafonne ce montant au premier. C'est le moins cher des deux qui s'applique.

Beaucoup de sources résument ce mécanisme en « plafonné au tarif prosumer », ce qui omet la composante nette. L'omission est sans effet quand la production couvre presque la consommation, mais elle fausse le calcul dès que le solde net est significatif. Le simulateur applique la règle complète par défaut ; le raccourci reste sélectionnable pour comparaison.

Il en découle un résultat contre-intuitif, qu'il vaut la peine d'énoncer parce qu'il inverse le raisonnement spontané. Une batterie fait disparaître le tarif prosumer de la facture : en abaissant le prélèvement brut, elle fait passer la facturation sous le plafond. Mais le montant ainsi économisé n'est pas le tarif prosumer : c'est l'écart entre ce que vous payiez et ce que vous payez désormais. Or, plus votre solde net est faible, plus le plafond vous protégeait déjà — et moins il reste à gagner.

À l'extrême, un site parfaitement à l'équilibre annuel voit son plafond se réduire au seul tarif prosumer. Sa facture réseau est déjà au plancher, et une batterie n'y change plus rien : elle ajoute même ses pertes de cycle. Autrement dit, le gain de la première phase se fabrique dans l'écart entre le plafond et le coût sur brut, pas dans le montant du tarif prosumer. Le simulateur affiche les deux factures, avant et après, précisément pour rendre cet écart visible.

1.4 Fiscalité

Si l'investissement est porté par une société, l'amortissement réduit la base imposable. Le bouclier fiscal est versé année par année dans la projection, ce qui le fait apparaître dans le retour sur investissement et dans la valeur actuelle nette. Sur un horizon de vingt ans, il peut représenter à lui seul la différence entre une opération à perte et une opération rentable.

Attention aux deux poches. Si la société porte le coût mais que le contrat d'électricité est au nom du particulier, les économies d'énergie bénéficient au ménage et non à la société. Le résultat affiché est alors une vue consolidée. Un éventuel avantage de toute nature n'est pas modélisé : c'est une question pour un comptable.

2. D'où viennent les tarifs

Les valeurs par défaut ne sont pas des ordres de grandeur : elles sont reprises des grilles tarifaires approuvées par la CWaPE pour ORES, période du 1er janvier au 31 décembre 2026.

PosteValeur, hors TVASource
Distribution, monohoraire0,0920974 €/kWhGrille distribution 2026
Distribution, plage ECO0,0270875 €/kWhGrille distribution 2026, tarification incitative
Distribution, plage MEDIUM0,0812624 €/kWhGrille distribution 2026, tarification incitative
Distribution, plage PIC0,1354374 €/kWhGrille distribution 2026, tarification incitative
Service public, surcharges, soldes0,0209281 €/kWhGrille distribution 2026
Refacturation du transport0,0243981 €/kWhGrille transport 2026, document distinct
Tarif prosumer80,9813336 €/kWe/anGrille distribution 2026

Le transport fait l'objet d'une grille séparée de celle de la distribution. L'oublier sous-estime le coût du kWh de réseau d'environ 20 %, ce qui fausse à la fois le gain de la batterie et le calcul du plafond.

Avec une TVA à 6 %, le tarif prosumer par défaut donne 85,84 €/kWe et l'ensemble des composantes proportionnelles 0,1457 €/kWh. Ces deux valeurs ont été recoupées sur des décomptes de fournisseur réels, à moins de 3 % près.

Les tarifs expirent. Les valeurs ci-dessus valent jusqu'au 31 décembre 2026. Au-delà, elles doivent être remplacées par la grille de l'année en cours, publiée par la CWaPE. Les coûts de distribution wallons augmentent d'environ 13 % entre 2025 et 2029.

3. Limites connues

Un simulateur qui ne dit pas où il est faible est un simulateur dangereux. Voici ce que celui-ci ne sait pas faire.

3.1 La calibration repose sur une seule installation

Le modèle de capture a été calé sur les mesures d'une installation réelle, puis testé sur six profils construits en transformant ces mêmes mesures. C'est un test de robustesse de la forme mathématique, pas une validation externe : les six profils partagent une météo, un bruit de mesure et une forme de charge. Des données horaires issues d'autres installations restent nécessaires.

3.2 Le résultat est une fourchette, pas un nombre

La bande d'incertitude de ±20 % n'est pas décorative : elle correspond à la dispersion mesurée du modèle. Un retour sur investissement affiché à « 16,0 ans » signifie en réalité « entre 14 et 20 ans ». Toute décision qui dépendrait de la différence entre 15 et 16 ans dépasse ce que le modèle peut discriminer.

3.3 Hors périmètre

Le simulateur suppose la Wallonie et le régime de compensation annuelle. Les autres gestionnaires de réseau wallons ont d'autres grilles : RESA, AIEG et AIESH s'encodent en mode complet. La Flandre et Bruxelles relèvent de régimes différents et les résultats y seraient faux.

Le modèle ignore par ailleurs les limites de puissance instantanée : un convertisseur sous-dimensionné ne sera pas détecté. Il ne modélise ni le partage d'énergie, ni la recharge de véhicule pilotée, ni l'arbitrage sur un contrat dynamique — ce dernier reste une entrée manuelle à établir par un back-test.

3.4 Ce n'est pas un conseil financier

Il s'agit d'une estimation d'ordre de grandeur, construite à partir de données publiques et d'une méthode documentée. Les décisions d'investissement, le traitement fiscal et l'éligibilité aux déductions relèvent de votre comptable et de votre gestionnaire de réseau.

Questions

Une question sur ce calcul, ou un cas qui ne rentre pas dans le modèle ? Laissez-la ci-dessous — pas besoin de compte, juste un nom. J'y réponds directement.


Voir aussi : Deux onduleurs Sungrow avec WiNet Extractor · toutes les publications.

Tarifs : grilles ORES 2026 approuvées par la CWaPE, distribution et refacturation du transport. Mots-clés : batterie domestique, photovoltaïque, tarif prosumer, compensation annuelle, ORES, Wallonie.